Égalité, émancipation, ou…

AVANT-PROPOS :

Article autours d’un texte initial que j’ai écrit sur une publication des féministes de la France Insoumise, pour répondre initialement à une femme qui ne comprenait pas une citation d’une féministe :

« C’est en affirmant sa différence que la femme peut se libérer de l’emprise sur elle d’une culture au masculin » – Luce Irigaray.

L’interrogation de cette femme :

« Mais on se bat justement pour dire qu’on est pareil-lle-s ? Je comprends plus rien.

J’ai eu quelqu’un récemment qui m’a dit que les hommes et les femmes c’était absolument pas pareil, et que donc les inégalités étaient normales. + La théorie des salaires plus bas pour que les femmes soient « plus attractives » sur le marché du travail vu qu’elles sont pas intéressantes car elles pondent des gosses. »

 

Ma réponse portait essentiellement sur la première phrase. Mais vu que je suis un homme et que je ne veux pas polluer des espaces féministes avec des réponses fleuves (le fait d’écrire des tonnes me semble (grâce à des féministes qui m’ont permis de comprendre ça, même si elles ne me l’ont pas fait signaler directement) être une caractéristique masculine), je ne l’ai pas publié. Mais vu que je trouve que je suis assez synthétique sur celui-là, que je ne dérive pas trop, et que je suis clair, je le partage ici.

 

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Beaucoup vendent le féminisme comme la recherche d’égalité, comme si, malgré les critiques que les femmes peuvent fournir de nos sociétés patriarcales, le but n’était pas de renverser celles-ci. Par l’égalité, les hommes peuvent aussi protester sur la non-mixité des espaces militants, dire que les femmes aussi devraient aussi subir les rituels masculins entre hommes (faisant fi de tout ce que les hommes font subir aux femmes : bien pire). Ou encore à défendre des espaces non-mixtes masculins vu que les féminismes en ont (sans en comprendre la nécessité politique). L’égalité est une valeur acceptable dans nos sociétés, celles et ceux qui veulent accéder aux pouvoirs en place, ou que les institutions prennent mieux en compte les femmes, ne peuvent que vendre le féminisme à travers le prisme de l’égalité… ou de l’émancipation.

L’émancipation peut paraître comme une valeur positive, et de nombreuses luttes se sont définis par l’émancipation des classes. Mais ce ne serait pas faire attention à la manière dont le libéralisme, et tout autre idéologie dominante, peut totalement s’approprier ce terme pour dépolitiser les luttes et annuler toute critique de quelque chose, critique de cette chose comme étant en partie ou fondamentalement aliénante. Pour prendre exemple, une des défenses de la candidature Macron fut la croyance que l’éducation, le travail et la culture sont des moyens d’émancipation de l’être humain. Et si ça pourrait être défendable, les formes et les structures actuelles sont à bien des égards aliénantes avant d’être émancipatrices (1).

C’est un renversement de cette valeur qui permet aussi à certaines personnes de vendre les formes passées, présentes et à venir du patriarcat, comme la pornographie et la prostitution, entre d’autres exemples, comme étant émancipatrices pour les femmes. Ça permet aussi aux hommes de se réapproprier les luttes féministes, notamment la libération sexuelle, pour créer de nouvelles formes coercitifs envers les femmes. Le cas récent des éloges dans la presse suite à la mort de Heffner est emblématique de ce problème-là, mais plus globalement les luttes pour la pilule et l’avortement ont été réapproprié par les hommes pour rendre injustifiable le refus des femmes de coucher avec des hommes quand ils le voulaient : voir la critique et le constat de Dworkin (2) sur les mouvements Flower Power et le désengagement constant des hommes des luttes féministes, à part quand c’est pour servir leurs propres intérêts.

Donc l’émancipation est une valeur à double tranchant, proie, comme pour l’égalité, à une réappropriation patriarcale.

Ce que ce dernier peut moins digérer, et ce qui fait basculer des féministes dans le féminisme radical, ce sont les concepts de libération, de culture des femmes, d’abolition du genre – perçu comme étant en soi un outil de domination patriarcale -, de non-mixité militante, de grêve du sexe, et de séparatisme (Si j’en oublie, complétez).

Ce qui n’empêche pas de profondes divisions et conflits entre les féministes sur ces sujets-là. Mais en ce qui concerne ces divisions, le pire serait que nous les hommes, nous intervenions pour rajouter de l’huile sur le feu et diviser les femmes et les féministes, plus qu’elles ne le sont déjà. D’où l’importance de la sororité et de la solidarité entre femmes qui sont aussi des armes de luttes contre un patriarcat qui aimerait que les féministes soit absolument divisées, alors que dans le fond, elles voudraient toutes êtres des sœurs entre elles. L’exemple en dernière date de cette volonté de diviser plus qu’il n’en faut les femmes : le traitement médiatique d’Angot et de Rousseau (3).

Ainsi, en tant qu’homme, même si je critique les valeurs d’égalité et d’émancipation qui sont des armes politiques à double tranchant, j’arrête là mon exposé car ce sont aux femmes de définir les degrés, les enjeux et les armes de leurs luttes. Mais je vois trop peu (en dehors des groupes féministes que je fréquente) les valeurs et les concepts que j’ai écrit plus haut au profit de l’égalité, qui paraît bien fade à côté, et de l’émancipation qui est facilement réappropriable par les libéraux.

PS : Je pourrais parler aussi, de manière plus globale e termes de luttes : de l’insurrection, du sabotage, de la désobéissance civile, du matérialisme (dont les féministes essayent d’y intégrer le patriarcat comme réalité matérielle), de politisation, et de pleins d’autres outils de luttes (Je vous laisse compléter).


Source :

1. « La libération sexuelle : une supercherie pour exploiter sexuellement les femmes » par Andrea Dworkin (J’ai pas la source exacte, du coup j’ai piqué le lien sur un blog qui apparaît en premier sur Google)

https://www.legrandsoir.info/la-liberation-sexuelle-une-supercherie-pour-exploiter-sexuellement-les-femmes.html

2. Voir les deux conférences (les vidéos sont sur Youtube) de Frank Lepage pour commencer à avoir une critique politique de la Culture (comme reproduction et accentuation des écarts entre les classes) et de l’Education (comme système de reproduction des élites). C’est pas le seul, j’espère qu’on va pas me gueuler dessus pour ne pas citer d’autres sources (surtout que Lepage doit pas être « The » référence, mais en tout cas c’est ma référence pour ce qui concerne une critique de la Culture et de l’Education).

 

3. « Christine Angot : la « femme de droite » et les salopards » – Blog de Crepe Georgette http://www.crepegeorgette.com/2017/10/04/christine-angot-femme-droite-les-salopards/

[TW : Viol/Agression sexuelle] Plus une citation pertinente d’une personne sur Facebook :

« Il n’y a aucune dichotomie.
C. Angot est une polytraumatisée de l’inceste non soignée, la mémoire traumatique s’est déclenchée chez elle, samedi soir. En face, une autre victime, victime du cirque médiatique.
Que les hommes ferment leur gueule, les soit disant proféministes de mon cul, qui condamnent sans comprendre.
Angot a raison quand elle dit qu’il n’y a pas le viol, mais un viol. Ni l’inceste mais des individus victimes. Et surtout, elle n’a jamais guéri, puisse-t-on en guérir. Alors que des femmes aient des avis, c’est tolérable, que des hommes viennent commenter, cela ne l’est pas.
Encore des gonflés d’égo qui se croient permis de l’ouvrir.
Oui, je suis intolérante. Je ne tolère pas les hommes qui viennent débiter de la merde sur des réactions post traumatiques complexes, d’anciennes (ou pas) victimes d’inceste, agression sexuelle, etc. La mise en scène pathétique a conduit au pétage de plomb de Christine Angot, ce face à face était d’emblée malsain, le silence général a plongé son interlocutrice dans le désarroi, et la reviviscence et donc les larmes. Les hommes de ce plateau ont par leur posture été encore une fois les déclencheurs et spectateurs de la déchirure entre deux victimes. Honte. »

 

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En un souffle

« En baguenaudant, je tombai sur deux blocs côte à côte qui portaient ce titre : Vivre. Intrigué, je sortis le premier, m’assis sur une marche de l’escalier et je lus :
« Vis chaque instant comme si c’était le dernier. »
Ému et secoué, je le remis à sa place et retirai, vibrant, le second de la paroi. A l’écriture, c’était à l’évidence le même auteur :
« Vis chaque instant comme si c’était le premier. »
Je posai le bloc et l’émotion me monta aux yeux. Ces deux phrases avaient une telle puissance ,une telle extension vitale que j’en demeurais absolument ébloui, fauché sur pied, laissant les spires de cette pensée s’enfoncer dans ma chair et y creuser des ouvertures profondes qui s’aéraient déjà, déjà se laissaient traverser par le pollen de ces mots de passe. Sans que je comprenne sur le moment pourquoi, ils fécondaient un terreau en moi essentiel, y promettaient une floraison longue et exigeante. Je comprenais mieux ce que Ne Jerkka avait voulu dire par compacité. En deux phrases, ma vie n’était déjà plus tout à fait la même – elle se décalait subitement, elle encaissait une dimension que j’avais méconnue jusqu’ici, elle s’affrontait et comme s’épluchait sur la lame d’un idéal concret que je ne pourrais plus désormais plus ignorer, elle me retirait des excuses et des facilités, bref : j’étais embarqué. Vivre ferait dorénavant partie de mes « livres » de chevet – de deux qu’on pouvait réciter par coeur. »
La Horde du Contrevent – Alain Damasio

Aversion au risque et perspective d’emplois

Prenons un exemple d’aversion au risque : là, je fais de l’interim’ dans une boîte où j’ai fait un truc comme 150/160 heures de boulot le mois dernier. J’ai touché à peu près 1500€ net pour le mois d’octobre. L’interim’ a le défaut ici que ce sont des contrats d’un mois renouvelable. L’entreprise dans laquelle je travaille vient de me parler d’un CDD de six mois, hors tout le monde m’a parlé que le CDD était payer une misère de 900€ et qu’il y avait une régulation des heures supplémentaires.
Étant donné que je suis pauvre, que je n’ai plus droit au bourses étudiantes, et qu’autant pour mes finances, que pour ma vie sociale, mes activités, mes projets personnels et associatifs, un CDD est une belle opportunité de stabilité, je peux être prêt à accepter. Mais je pourrais continuer en intérim’, avec l’incertitude à chaque mois de ne pas être renouvelé, d’avoir un rapport de force avec mes employeurs sur lequel je n’arriverais pas à me défendre. Mais en même temps, si je remplis mes contrats d’interims, ma boîte d’interim’ me relancera très certainement sur d’autres missions de plusieurs semaines, et ainsi que j’enchaîne les petits boulots, mais en étant payé en interim’. Mais je pourrais tomber aussi sur des emplois où l’ambiance est moins bonne, le travail moins gratifiant, un travail plus physique et donc plus fatiguant. Mais aussi, si à un moment j’ai un peu de courage, je pourrais me lancer dans la recherche d’emplois correspondant à mon BAC+4, niveau que j’ai du mal à me faire à l’idée que je pourrais le valoriser sur le marché de l’emploi. Là, j’ai un travail sur lequel je suis formé depuis maintenant six semaines, donc une certitude aussi, qu’en persévérant dans cette boîte, mon travail sera socialement plus reconnu, car avec moins de défauts, plus de connaissances, et plus d’efficacité qu’un interimaire de quelques jours.
 
Donc d’un côté, on a un gain certain sur six mois avec un salaire faible, peu de perspectives d’augmentation, mais où je n’aurais pas à m’occuper continuellement de signaux de recherche d’emploi, et de l’autre une grande incertitude qui dépendra aussi de mon niveau de motivation à la surmonter, mais avec de meilleurs perspectives de gains. En sciences économiques, on appelle ça l’aversion au risque : entre un gain certain et une lotterie, quel est l’équivalent certain qui correspond à l’espérance d’utilité avec la lotterie, et quel est la prime compensatrice que je serais prêt à payer (ici sortir de mon statut d’intérimaire) pour me débarrasser de la loterie.
 
C’est une question compliquée et notre aversion au risque n’est pas quelque chose de rationnel au sens classique du termes, elle dépend de pleins de facteurs affectives ou cognitifs, de biais, de capacité de se projeter dans l’avenir, des cartes que nous avons en main dans telle ou telle circonstance, de notre niveau de richesse, etc…. Donc chacun d’entre nous aura une plus ou moins grande aversion au risque différente. Ça se perçoit à mon échelle, par la diversité des profils des collègues, de leurs contrats et leurs manière d’aborder la plus ou moins grande précarité de leurs emplois.
 
Des questions qui aujourd’hui sont des questions avec lesquelles nous devons perpétuellement vivre et remettre en question quand nos situations évoluent et les opportunités se présentent.

Militer contre des industries

[Suite/Complément/Mise à jour/Renouvellement réflexif de l’article Live on V! ]

J’ai travaillé un été dans une usine d’oreillers et de couettes. Les premiers jours j’ai déchargé des cartons à l’entrée de l’usine. Puis on m’a mis dans le transport de gros sacs, des balles, de plumes entre des zones de stockage et de transformation. Mais encore là, les balles sont quasi hermétiques et à part quelques plumes qui trainent, t’as pas encore conscience. D’abord, il y a l’odeur autours de la zone d’arrivage des camions de plumes. Plumes qui n’ont pas été nettoyé du sang et de la merde. C’est une odeur qui vient subitement le matin, arrache les narines et qui reste toutes la journée. Puis il y a la zone d’arrivage qu’on traverse et on voit les caisses dégueulassées de sang, le sol qui est régulièrement lavé à grand coup de jet.

 

Et puis un jour, on te demande d’ouvrir les sacs pour transposer les plumes dans d’autres sacs. Et là dans ma tête, ça a commencé le calcul. Une balle c’est de 25 à 50 kilos de plumes compactées. Que pour un kilo de plumes, sachant qu’un animal non humain n’a pas non plus une masse de plumes sur elle ou lui, alors il a fallu déplumer plusieurs canards, probablement entre 5 et 10. Pour un seul kilo. Oies, Canards, etc… qui sont surement, par un souci d’optimisation économique, exploités et tués pour d’autres finalités. Et pour finir, je multiplie, je multiplie par les piles de balles qui sont empilées par 10 à 30, multiplie par le nombre de piles, rien qu’en stockage dans l’usine : au moins 100, mais peut-être deux fois plus. Et pour finir, que cela ne représente qu’une année ou deux de productions, qu’il en continue d’en arriver par dizaines et dizaines de caisses chaque semaine. Et là, on peut se faire une idée, une estimation. Ou non. On ne se rend peut-être pas compte de ce que ce chiffre veut dire, rend compte comme réalité.

Et là tu te dis que ceux qui disent que le véganisme est un choix personnel ont rien compris. Notre société est clairement dépolitisée par l’individualisme. Quand nous prenons une décision, que nous achetons et consommons, nous pensons pour la plupart réaliser un choix éclairé et sans vraiment de conséquences. Ce n’est pas forcément de l’égoïsme ou de l’égocentrisme, c’est que nous avons eu l’habitude, plus ou moins poussé par notre société de consommation, à calculer à l’échelle individiuelle. Mais multiplions ces choix de consommation par des centaines de millions de personnes, avec des millions qui ont beaucoup moins de considérations morales pour les autres animaux que nous et plus d’argent que nous, alors tu vois bien. Tu vois bien que le bien-être animal est une impasse, que le flexitarisme est une impasse, que le végétarisme est une impasse, que tout ce qui ne prône pas une libération totale des animaux non humains de nos systèmes économiques laisse le flan à un facteur multiplicatif massif, dont la réponse économique ne peut tout simplement pas être des petites fermes bio et une considération morale des animaux. Non, c’est une industrie, une industrie de masse, existante et permanente, qui est là pendant qu’on débat de la valeur morale de l’antispécisme, pendant qu’on s’attaque à la chasseuse qui étale fièrement ses photos, pendant qu’on poste des photos de cuisine, de bodybuilders véganes, des arguments de santé et d’environnements, pendant qu’on se choque de quelques images, pendant qu’on prend l’image du lion, de l’indien d’amérique, qu’on veut à tout prix défendre son droit à prendre les œufs de ses poules de son jardin, qu’on veut à tout prix chercher la moindre incohérence chez les véganes, qu’on hurle au cri de la carotte.

Une industrie. Avec un joli logo d’une femme endormie paisiblement dans un nid encerclé de plumes.

Non pas « une ». DES industries.

Petite réflexion

Vidéos de L214 : il est urgent de légaliser l’abattage à la ferme

En plus d’être mou, c’est irréalisable : nous sommes plus de six milliards d’êtres humains à nourrir sur cette planète et c’est infaisable que ce soit au niveau national ou international d’avoir des économies seulement locales. Les welfaristes se concentrent sur de mauvaises pratiques ou de « vilains » industriels, alors, qu’en dehors du lobbying, c’est une conséquence logique de notre société actuelle, où l’alimentation de masse est nécessaire et où les dérives dûs à la marchandisation des animaux nh est inévitable. L’abolition anti-spéciste est le seul moyen de repenser l’économie, c’est-à-dire en arrêtant totalement de penser les autres animaux comme ressources. Tant qu’elles et ils seront considéré.e.s comme des ressources, cette bataille sur les « conditions » d’exploitation va dans le mur. Même si on adhère à l’idéologie welfariste et on traite les véganes d' »extremissstes », le seul moyen d’être cohérent politiquement est d’être abolitionniste. Déso pas déso.

How to start to fight Homophobia et Islamophobia?

Je n’ai pas réagi immédiatement au drame d’Orlando. Je n’ai pas non plus essayé de participer à l’effervescence de solidarité sur les réseaux sociaux et dans les différentes manifestations, que ce soit en acte concret ou symbolique Tout d’abord, parce que je n’ai pas suivi les médias le week-end dernier, ni cette semaine et le flot d’images, de témoignages qui va avec, qui nous donne l’ampleur de l’effroi derrière ce que nous pouvons recevoir comme un simple information : « 50 personnes tuées ». Puis il y a eu Sœur Maria C-ullass qui a partagé les photos des victimes ( https://www.facebook.com/profile.php?id=100004702657284 ) et là c’est la baffe, les larmes, l’effroi.
 
 
Deuxièmement, parce qu’après les attentats de Charlie Hebdo, les attentats sur Paris en novembre, il y a une forme de banalisation du discours politique, médiatique et sociale entre :
 
-L’utilisation de symbole totalement dépolitisé comme ce mélange entre le drapeau LGBT et américain, alors que les USA ont pu représenter de l’homophobie par le passé.
 
-Ceux qui disent aussi que c’est le plus grand mass murder aux Etats-Unis après le 11 septembre, manière d’insinuer que le pays ne s’est pas construit dans le sang (ou du moins l’oublier).
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-La réappropriation politique des différents politiciens soit pour réaffirmer leurs politiques en matière d’armements et leurs positions sécuritaire, soit pour se donner un capital sympathie nous empêchant collectivement de critiquer leurs positions et leurs actes sur d’autres sujets.
 
-Les différentes « bourdes », « dérapages », « maladresses » de certains politiques, où on ne sait pas si cela tient d’une journée démarrée du mauvais pied ou d’un discours idéologique qui ne dit pas son nom.
 
-Les islamophobes qui vont justifier leurs discours réactionnaires et leurs actions dégueulasses, et pour qui l’acte d’un seul individu va confirmer leurs opinions.
 
-Les homophobes qui vont justifier leurs discours, parce que eux « ne tuent pas » les LGBTs et vont encore se gargariser de leurs « libertay d’expression ». Qui ne se rendent pas compte que les LGBTIQ+-phobie couvrent un large spectre de comportements, qui conduit en bout de chaînes à des suicides ou à des massacres comme celui-ci.
 
-Les gens dépolitisés qui disent que cela n’a rien à voir avec de l’homophobie, que les morts et les blessés sont avant tout des individus, sans se rendre compte que le marqueur social de leurs sexualités a été déterminant pour l’homophobie du meurtrier.
 
-Ceux qui disent que le tueur est un « homo refoulé » *Facepalm* *J’en dis pas plus*
 
-Ceux qui vont dire qu’il ne faut pas mélanger islamophobie et critique profonde des religions, et ici de l’Islam, et du mélange insidieux entre religion et terrorisme (Poke à quelqu’un qui se reconnaîtra), en se jetant sur la première news pour répéter leurs discours. Quand bien même ce n’est pas forcément pertinent, ou il faudrait apporter certaines nuances nécessaires à ce discours et à la laïcité pronée parfois abusivement
 
-Les hashtags abusifs, criticables et fourre-tout politique, les #JeSuis et les #PrayFor par exemple, mais qui sont pourtant largement partagés sur les réseaux sociaux. Quand bien même, ça permettrait de créer des agrégats solidaires, il faudrait ne pas oublier leurs limites conceptuelles. Et si le #JeSuis reste plus ou moins innocent après sa généralisation (quand bien même le #JeSuisCharlie était critiquable en tant que symbole fédérateur), le #PrayFor est joli symboliquement, mais ne permet pas de lutter contre les discriminations aux quotidiens, et ici contre les LGBTIQ+-phobie (listes non-exhaustifs de discriminations).
 
-Mais aussi ceux qui me disent que ce n’est pas nécessaire de faire son coming-out, puisque la sexualité serait avant tout une question d’intimité personnelle. Alors que la sexualité (comme je l’ai dit plus haut) est un marqueur social (comme bien d’autres) sur lequel les gens vont plus ou moins être sensible, vont plus ou moins discriminée. Et que vivre dans la peur que des personnes mal-intentionnée, viriliste, masculiniste et/ou homophobe se rendent compte de ma bisexualité n’est pas une bonne manière d’assumer son identité, ni de pouvoir pleinement vivre sa vie.
 
-Mais aussi ceux qui vont réagir à ce drame, mais pas aux autres attentats, aux autres agressions, aux autres discriminations, aux autres oppressions, soit parce que ça ne les touche pas, soit parce qu’ils ne sont pas concernés, soit parce qu’ils ne sont pas sensibilisés, soit parce qu’ils ne veulent pas « faire de la politique », soit simplement parce qu’ils sont privilégiés selon tel marqueur social, et que ça leur permet d’être indifférent. Ceux pour qui convergence des luttes est un vieux concept et intersectionnalité un terme militant abstrait et abscons.
 
 
Et dans tout ça comment se positionner? Comment se positionner :
-Quand une personne formidable m’a donné la possibilité il y a trois ans de sortir du placard et de vivre en couple homosexuel, et que je ne l’ai pas fait sur Le Mans.
 
-Quand j’aurais pu rentrer dans une association LGBTIQ+ il y a trois ans et que j’en ai rien fait, que je ne m’implique pas dans l’aide associative ou militante.
 
-Quand je reste globalement au placard pour garder un privilège hétéro-centré.
 
-Quand je ne suis allé qu’à une marche de fierté, de manière quasi-anonyme, et que je ne participe donc à aucune manifestation.
 
-Quand il me faut plusieurs mois, voire des années entières, voire plusieurs années pour le dire simplement à des amis, à ma famille, et à des potes qui ont pourtant su démontrer par le passé qu’ils étaient « gay-friendly ».
 
-(Quand on est infoutu de faire l’effort d’une écriture inclusive)
 
Comment se positionner alors? Je n’ai pas encore la réponse et je me laisse le temps de l’été pour redéfinir ma vie à partir de septembre prochain. Pour sûre, la lutte LGBTIQ+ et la lutte contre l’islamophobie, comme celle du militantisme en général, seront déterminantes.
 
Ne soyons pas indifférent, prenons position.
 
♪Si c’est vrai que parfois tu fais des conneries, tu ne fais pas un massacre dans une boîte gay d’Orlando un samedi♪

Le geste mû

Je suis fasciné par le street art, ou du moins, j’aime beaucoup l’idée. Au départ, le graffitis est souvent une signature dont la calligraphie et l’esthétique est plus ou moins élaboré. Sous une première forme, on peut y voir une forme de vandalisme, un besoin d’adréalines tout comme une envie de se rebeller. C’est un geste qui en lui-même est politique, quand bien même le produit en lui-même en est dénué. Quelque chose comme laisser sa trace, ou s’approprier un peu l’espace faits de propriétés et d’hygiénisme. ça peut ne pas être très beau, même très moche, c’est là une forme de vandalisme au sens esthétique. A Berlin, on voit même des fresques murales avec des sens symboliques très fort (par exemple deux kilomètres de vestiges du mur, couverts par des tableaux hétérogènes) pourris par des tags mis par-dessus à l’arrache.

En allant à Berlin, je me suis peut-être fait l’idée d’un idéal social et de mixité. C’est donc sur la route du retour, sur le périphérique de Paris, que j’ai regardé les murs sur les bords. Il y avait là des tags plus ou moins élaborés, qui recouvrait quasi intégralement plusieurs centaines de mètres. Certains avait une belle calligraphie avec de la perspective. Il y avait un Omer Simpson qui faisait je ne sais plus quelle mimique. Très peu de street art, au sens où des images, ou des combinaisons d’images, peuvent nous donner l’envie de les contempler pendant plusieurs minutes.

A Berlin, ce sont des quartiers à deux cents mètres du Checkpoint Charlie et de la Topographie de la terreur, qui sont couverts de Street Art. J’ai même vu un pan entier d’un immeuble avec des échafaudages, entrant de faire les premiers contours d’une future fresque. Plus loin, il y avait des taggeurs à 16h de l’aprèm’, pas vraiment l’impression que la police aille les déranger. Il y avait aussi le gymnase d’une école primaire qui était recouvert de dessins taggués. Le street art me semble ancré dans la culture berlinoise.

Je ne sais pas vraiment trop la juridiction allemande sur le street art, mais il me semble que ce soit plus permissif qu’en France, les espaces dans lesquelles on peut voir ces œuvres artistiques sont beaucoup plus visibles pour un piéton.

Et là, il y a un article sur le potager place de la République. Au-delà du vandalisme, il y avait là un geste symbolique fort, quelque chose de créatif, qui nous dévie du quotidien des dalles. Et même, plus généralement, en voyant les réactions autours des manifestations, j’ai l’impression qu’on critique énormément les actes spontanées quand bien même tout n’est pas très constructif. En amoureux de Damasio, je ne peux pas m’empécher de penser à la Zone du Dehors et ces actes spontanées en milieu urbain, histoire d’enlever un peu de la morosité ambiante.

En fait, voyager m’a fait du bien. Voyager, pour découvrir un monde sur lequel on croit tout savoir. A force de quotidienneté, on finit par réduire notre monde à ce qui nous est nécessaire pour aller d’un point A à un point B. La peur nous encourage juste à traverser cette vie, sans vraiment laisser notre trace. On aurait beau avoir un bagage d’idées qui ne demandent qu’à se concrétiser, nous sommes laminés par des tas de raisons, qui nous poussent à ne rien en faire. A quoi ça sert? Quelle est la continuité du geste, son évolution? Qu’attends-t-on?

Pour moi, les mouvements n’attendent plus que les sceptiques de ces mouvements. On critique leurs manque d’ampleurs alors qu’il suffirait de les rejoindre pour apporter ce qui  est, pour nous, porteur de sens.